Principe de réalités (paru dans les 430)
L’innovation, en architecture, la recherche ? L’état des choses et leur nécrose !
En préalable, nous pourrions lister ce par quoi elle ne passe pas.
On peut douter qu’elle emprunte les chemins de la commande publique, ou l’architecte n’est considéré et utilisé, de son plein gré ou non, que comme le vecteur de la représentation « totémique » de notre monarchie républicaine ou de ses représentants. C’est devenu sa principale fonction et/ou déviance..
L’innovation, c’est tout aussi éloignée, de la cuisine réchauffée, issue du copisme Beaux-arts, citationnel, autoréférentiel, avec quelques recettes esthétiques puisées dans le fatras des icônes du XXeme, une pratique récurrente en France, « à la manière de », « sous l’influence de», comme un écho importé, éviscéré de son contenu, de concepts et/ou procédures émises ailleurs.
L’innovation ne se nourrie pas non plus des quelques astuces binaires, à la fois simplistes et savantes dont raffolent nos élites (Patrimoine/modernité, Développement/Préservation…) auréolées de prétendues implications sociales, progressistes, porteur du lourd fardeau de l’émancipation des masses ! Un faux semblant Colbertiste totalement inadapté dans un monde fractalisé. Nous pourrions mettre en parallèle le déficit démocratique qui conditionne les appels d’offres, leurs programmations, et l’ensemble des productions sur la ville…A contrario, nombres voisins européens ont introduit des proportions de démocratie directe quand aux choix politiques qui sous tendent l’aménagement d’un territoire. Et c’est paradoxalement dans ces conditions que naissent les projets les plus audacieux. .
L’innovation en architecture cela passe premièrement par la production d’œuvres rares, uniques, expérimentales, et non par la posture ou l’agitation des hommes qui les produisent. Cela passe par la reformulation du statut d’auteur, de la position de l’architecte dans notre société contemporaine, non comme le chamane, le guide spirituel, qui encanaillent en agit -prop convulsive nos milieux politico financiers, mais comme passeur, intercesseur des pulsions collectives, des modes relationnelles et de leur transformation.
L’innovation c’est inventer des scénarios préalable aux formes, c’est prendre le risque de rendre compte d’un temps présent, ici et maintenant, vibratoire, palpitant, ambiguë. C’est reprogrammer, reformuler les liens avec l’ensemble des composantes, des complexités, sans les réduire, les ignorer ou les dramatiser. L’innovation, c’est émettre des idées et accepter de les confronter à celles des autres, ailleurs, hors de non frontières, et non emmitouflé dans notre confortable et douce prétention issue de l’exception culturelle.
L’innovation c’est porter un regard critique, sur la vibration du temps, sur la succession et alternance de « dream time » et de « day after » dans lesquelles nous nageons tous, sur la faillite des idéologies, sur l’aliénation du contrat social. C’est rendre visible une période à la fois désenchantée et voluptueuse, profondément inquiète.
Tout ce que la France du haut de sa grandeur et à cause de l’arrogance de ses commis d’état se refuse de voir, d’admettre.
L’architecture est la partie visible de la sophistication politique, sociale, industrielle, et donc esthétique d’une société. Elle rend compte des envolées et des naïvetés humaines, belles et terribles à la fois, grandeur et décadence entremêlées, contingentes.
A disséquer les projets publics, en cours ou projetés, et à les passer au crible de cette grille de lecture, on se fait peur : la recherche, l’innovation, comme outil de mutation, est proche du vide absolu.
FR / 25 fev 2004